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BELLE LURETTE

ARTISAN 

Meubles vintage rénovés et objets de décoration neufs

DEPUIS 

2017

5 Place de l'Eglise, Île de Groix

www.bellelurettegroix.fr

Imaginez une île confidentielle, sauvage, un phare à chaque extrémité, huit kilomètres de terre bretonne entourée par l’océan et rythmée par les saisons. Un doux mélange entre ruralité et bord de mer. Groix est une des quinze îles du Ponant, un territoire qui a connu la grande époque des armateurs et de la pêche au thon début du XXème puis qui s’est doucement et raisonnablement tourné vers le tourisme. 

Camille y est née et elle y a grandi. Comme beaucoup elle a quitté l'île pour aller découvrir la vie sur le “continent” pour ses études. Et puis, le grand retour, le rappel des racines ! Il y a quatre ans, la voilà revenue sur ses terres pour développer un projet de rénovation de meubles vintage qu’elle chine, rénove amoureusement et revend elle-même dans sa boutique arrangée avec soin.

Rencontre au coeur du bourg de l'île, dans un charmant showroom qui, il y a belle lurette, a été tour à tour une charcuterie, une galerie d’art, un restaurant-bar à vin. Un lieu chargé d’histoire.

Une île sauvage pour décor

Camille, tu entames aujourd’hui ta quatrième saison dans ta boutique. Quel a été ton parcours pour arriver jusqu’ici ?

Je suis née et j’ai grandi à Groix. J’ai quitté l’île pour mes études secondaires et je suis diplômée d’un master I en économie. Je suis ensuite partie m’installer à Paris où j’ai effectué un service civique, puis travaillé dans une galerie d'art contemporain spécialisée en art aborigène australien. Après quelques années, parce que je ne m'épanouissais plus dans le rythme parisien, je suis revenue ici. J’ai commencé à rénover et customiser des meubles, j’ai eu la possibilité de m’installer dans cette boutique, mon travail a reçu un bon accueil dès la première année, et j'ai pour projet d’élargir l'espace dédié à la vente pour l’été prochain.

Revenir sur son île et y développer une activité de ce type, cela n’est pas trop contraignant ?

Sur le papier, clairement être installée sur une île pour mon activité, c’est un inconvénient. Je dois faire avec la contrainte du bateau, il y a la difficulté de la question du stockage. Parfois je me dis que si j'étais à Lorient ce serait plus simple. Mais les gens qui rentrent dans ma boutique sont en vacances, ils sont détendus, ils ont le temps et ont envie de se faire se plaisir. C'est un autre rythme, un autre état d’esprit et ça me convient !

Groix c’est aussi un choix de couple, on a voulu se lancer pour ne pas regretter. Mon conjoint est architecte, il m'aide beaucoup, me donne son avis. Mon père est menuisier sur l’île, c'est un travail d'équipe. En y réfléchissant, côté maternel il y a aussi quelque chose en héritage, ma mère avait une boutique de vêtements, mon côté commerçant vient certainement de là.

Vivre et travailler sur une île. Cela procure une inspiration particulière ?

J'aime les couleurs naturelles, il y a beaucoup de bleu et de vert dans ma boutique. Ce n’est pas un hasard, inconsciemment je suis attirée par la colorimétrie de Groix. Très verte et en même temps entourée d’eau. La couleur orage, couleur des tempêtes est certainement ma couleur préférée.

L'harmonie des pièces vintage qui cohabitent avec le contemporain

Pourquoi avoir choisi de privilégier le style années 50-60 ?

C’est le côté pièces uniques, consommer autrement qu’en série, et ramener du cachet dans son intérieur. J'aime particulièrement ce que l’on appelle les pieds compas, empreinte typique de ces années. Je trouve ça très élégant, c'est difficile à réaliser, il y a un vrai savoir faire pour travailler le bois. Je trouve aussi que ce sont des meubles simples et épurés, c’était la grande époque Charlotte Perriand : le règne de la simplicité et l’allègement de la maison. Il y a aussi le rotin qui est apparu à cette période et que j’adore, c'est pratique, solide et ça se marie avec tous les styles. 

Comment fonctionnes-tu pour les objets neufs de décoration qui complètent ton offre à la boutique ? 

Je ne voulais pas être qu’une brocante, je souhaitais démontrer qu'un vieux meuble relooké, associé à du neuf, ça se marie très bien. Ma sélection d’objets neufs sert aussi à mettre en valeur mes meubles, les mettre en situation : vaisselle, textiles, fleurs séchées, vannerie, un peu de luminaires. Et quelque part à travers eux, je peux proposer mon univers, facilement ramenable chez soi ou à offrir. Je privilégie les créateurs locaux comme Eklerla, créatrice locale qui conçoit des coussins à Lorient, ou OKO une illustratrice de Nantes.

Pérenniser son activité en se jouant des contraintes insulaires

De quelle façon déniches-tu les meubles et comment la rénovation s’opère ?

Dès que la haute saison sur l'île est passée, je ferme la boutique et nous partons chiner avec mon conjoint. C'est un peu comme la pêche : on peut revenir bredouille comme on peut ramener un très bon panier ! Ca nous fait découvrir plein d'endroits où on ne serait pas spontanément allé. 

On rentre à la maison avec les meubles, on les stocke, je me laisse souvent le temps d'avoir un flash et être bien sûre de ce que je veux faire. Il n'y a pas de règle sur le processus de rénovation d'un meuble, ça dépend de sa taille et de son état. C'est lui qui décide finalement, il y a toujours des surprises : il n'y a pas deux meubles identiques. J'utilise également des peintures saines et bio. Ca n’est pas le plus évident, il faut s'acharner un peu, être patient, en fonction des fournisseurs le rendu est différent. Mais au final, la qualité est là et j'y tiens.

Se créer une clientèle depuis un territoire éloigné, on pourrait s’imaginer qu’il s’agit surtout d’une clientèle de passage...

J'ai des clients locaux, mais la majorité demeure en résidence secondaire. Un peu comme la marée, à partir d’avril les touristes arrivent sur l’île puis en octobre ça se vide. Au fur et à mesure, j’ai fidélisé quelques clients et j'ai commencé les livraisons sur Paris et Rennes. Les gens passent par la boutique, repèrent un meuble, et je m’occupe personnellement de la livraison en tir groupé. Je profite de ce temps pour aller chiner et rapporter de nouveaux meubles. 

Et puis la situation de ma boutique est idéale, le bourg est un lieu de passage, et c’est plein de charme : le sol en terrazzo découvert pendant la rénovation a été récupéré, ainsi que la devanture en mosaïque de 1932 qui était cachée sous des panneaux en bois.

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Sur cette île, tu sembles avoir trouvé ton juste équilibre...

J'étais sceptique sur la viabilité de notre projet qui consistait à revenir nous installer ici, mais aujourd’hui je referai le même choix. J’ai trouvé un équilibre parfait en alliant en quelque sorte 3 jobs en 1 : chiner, rénover, vendre en boutique, et même gérer la livraison désormais !

J’aime assurer de A à Z, je n’arriverais pas à enlever un maillon de cette chaîne. J’apprécie aller à la rencontre des gens en brocantes et vides greniers, puis être tranquille seule dans mon atelier, et enfin tenir la boutique et écouter les histoires des clients qui repartent avec mes meubles.