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Crédit photos : Marine Mansourati

MARINE MANSOURATI

ILLUSTRATION

DEPUIS 

2020

Le moins qu’on puisse dire c’est que Marine Mansourati, bretonne exilée à Paris, a mis à profit le confinement sec de mars 2020. Comme beaucoup d’entre nous, des essentiels se sont révélés à elle, en même temps qu’en s’enfermant dans nos maisons nous gommions tous les superflus de nos quotidiens. Elle s’est remise au dessin, a rouvert ses palettes d’aquarelle et ressorti ses pinceaux… pour gribouiller des morceaux de souvenirs iodés, et les envoyer à son grand-père et sa grande tante privés de visites. Mais pas privés de recevoir de jolies cartes colorées dans leur boîte aux lettres ! Je vous laisse découvrir un univers tout à la fois délicat, hédoniste et poétique. Des clichés revisités, un univers marin enfantin, des cartes et affiches épurées… pour retrouver, chez soi, des petits bouts de la Bretagne qu’on aime tant.

Devenir mère… et tout envoyer valser !

Marine est née et a grandi au bout de l’Europe, à Brest, jusqu’à ce qu’elle parte à Rennes suivre des études supérieures en design graphique à l’Institut des arts appliqués. Avec quelques amis de promo et celui qui allait devenir son mari, ils ont filé à Paris où les opportunités dans leur domaine étaient plus nombreuses et accessibles. “Comme beaucoup on pensait rester 6 mois - 1 an tout au plus. On y est depuis bientôt 10 ans !” s'amuse-t-elle. 

Marine a travaillé en tant que directrice artistique dans différentes agences de communication dans le secteur de la culture ou encore dans le luxe. Mais très vite après être devenue maman, elle sent qu’une décision s’impose à elle de manière vitale : changer ses horizons professionnels et préparer tout doucement son retour en Bretagne.

Alors elle se met à son compte. Et puis le confinement. Se remettre au dessin c’était donc beaucoup dû à l’an 2020 et ses tracas qui nous ont laissé beaucoup de temps libre durant ce printemps si ensoleillé. Mais aussi parce que Marine est devenue maman, deux fois, en deux ans. “Je me suis redécouverte, à l’arrivée de chacun de mes enfants. J’ai vu les choses différemment, mes intérêts ont changé, je n’ai plus supporté le rythme que mon travail m’imposait et les grèves des transports parisiens à répétition.” admet-elle. 

Ses petits coups de pinceaux, elle ne savait pas encore qu’elle allait les vendre, c’était alors simplement un passe-temps et aussi un peu un alibi. Car le printemps 2020 n’a jamais été autant le bon moment pour écrire à ses proches, notamment envoyer des bonnes ondes sur papier à son grand-père et aussi sa grande tante, un peu esseulée en maison médicalisée. 

"Mes dessins, je les fais pour moi et pour tous les bretons déracinés, en mal du pays."

Elle a simplement commencé par crayonner spontanément des crêpes, des galettes… en se disant qu’elle avait très envie de retrouver sa Bretagne. Les illustrations de Marine sont comme des petites scènes de vie de la Côte, couchées sur papier.

Elle les réalise en fouillant dans ses souvenirs d’enfance : les odeurs des marées, la baignoire remplie de sable en rentrant de la plage, le fameux combo ciré-bottes en caoutchouc en guise de tenue quotidienne, le Far breton maison que sa mère cuisinait tout le temps lorsque la famille était invitée : “ moitié avec / moitié sans pruneaux, pour que ça plaise aussi aux enfants !” se souvient-elle. D’ailleurs, il y a des rituels culturels inconscients, qui ne disparaissent pas avec le temps. Ainsi chez Marine à St Denis, à côté de Paris, il y a toujours de quoi faire des crêpes dans le frigo, “et un soir par semaine c’est galettes complètes ! ”

Et puis Marine est aussi passionnée par les cabinets de curiosités, elle revient toujours les poches pleines de ses promenades avec ses fils. Autant de petits morceaux de nature qu'elle réplique joyeusement sur papier.

L’eau et les nuances infinies de bleu : l’aquarelle comme une évidence

Le choix de la technique de l’aquarelle n’était pas vraiment conscient : son arrière grand-père, son grand-oncle, sa mère et sa tante (qui à fait les beaux arts) dessinaient, et son grand-père pratiquait l’aquarelle lui-même. Une sorte de transmission familiale : “Pour moi, c'est fluide : tout est lié à l’eau, les petits accidents, les tâches qui se transforment en pépites. Cette technique se prête beaucoup à la Bretagne, à son environnement. J’aime l'idée de ne pas repasser mon pinceau mille fois, deux coups de pinceaux, deux traits, et ça suffit.” 

Un style naïf, enfantin, poétique, qui fait la part belle à la nostalgie et aux petites madeleines de Proust : les sandales méduses ou encore le bol breton revisité. La jeune trentenaire développe également son style en papeterie et faires-parts, et souhaite s'attaquer au format calendrier ou agenda. Travailler des petits objets du quotidien pour les rendre jolis, au-delà de juste utiles. 

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Alors, il ne me reste plus qu’à te souhaiter un retour prochainement dans ta douce Bretagne ? 

“ Oui, en me remettant au dessin, je me suis rendue compte que la côte bretonne me manquait viscéralement. Ça devient vital de rentrer. 

Je me souviens qu’à la fin du premier confinement, on a filé en Bretagne. Un soir, il faisait nuit et j’ai pris mes enfants sous le bras, je les ai emmenés au bord de l’eau. J’avais besoin de ressentir l'océan, de l’entendre, avec eux. Maintenant on en est sûrs : Paris n’est qu’un passage et avec mon mari (ndrl : il est havrais) on veut leur offrir ce qu’on a eu la chance de vivre nous-mêmes quand on était gosses. Tout simplement. “